Œuvres
4, 5, 6, c. 1960
Biographie

Ángel Alonso est né en Cantabrie en 1923. Après la chute de Bilbao pendant la Guerre civile espagnole, il est incarcéré et condamné à mort par les Franquistes. Gracié, il est à nouveau arrêté quelques mois plus tard pour désertion, n’ayant pas effectué son service militaire. Il est alors déporté sur l’île de Fuerteventura. Il s’en échappe et fuit l’Espagne en 1947 pour s’installer définitivement en France.

Au cours de ses premières années à Paris il fréquente notamment Maria Helena Vieira da Silva, Árpád Szenes, Nicolas de Staël et Pierre Tal Coat qui influenceront son travail. Il rencontre également par le biais de Cioran la philosophe et poétesse María Zambrano, elle-même réfugiée politique, avec qui il noue une grande amitié.

En 1950, sous la menace d'une extradition vers l'Espagne franquiste par les autorités françaises, un comité de soutien est organisé pour Alonso, composé entre autres de Michel Leiris, Francis Ponge, Henri Calet et Pierre Descargues. Alonso recevra finalement la nationalité française en 1971 avec le soutien de son beau-père, Roger Rigaud, ancien vice-président du Conseil de Paris.

En 1952, il renonce à exposer ses peintures à la prestigieuse galerie parisienne Jeanne Bucher, qui représentait entre autres De Staël, Giacometti et Vieira da Silva. Il expose en 1955 à la galerie André Schoëller à Paris, où étaient exposés notamment Rebeyrolle, Fautrier, Messagier, Duvillier, Gnoli ou Arroyo. Par la suite, il se tiendra pendant plus de vingt ans à l’écart du marché de l’art, se consacrant à la peinture comme exigence personnelle et spirituelle. Malgré cela, il peut compter sur le soutien financier d’un groupe de mécènes à partir des années 1970, dont les collectionneurs Pierre et Mirèse de Gunzburg, Béatrice de Rothschild et le couturier Gilbert Féruch.

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Entre 1956 et 1961, Ángel Alonso vit à la campagne, à La Laurencie dans le Limousin, puis en 1962, il s’installe à Genainvilliers, près de Chartres. Il concentre sa réflexion sur la couleur et place la nature au cœur de son œuvre. Il commence notamment une série de grands tableaux centrés sur la matière, réalisés à base de poudre de marbre, de charbon, de pigments naturels, de brique pilée, de végétaux brûlés, de paille, de feuillage et de terre, ainsi que des œuvres sur bois, sur carton ou papier.

Ángel Alonso puise dans les textes anciens pour préparer lui-même sa peinture en mélangeant pigments naturels et liant, ainsi que des éléments végétaux ou de la poudre de marbre. Jeannine Worms, femme de lettres et collectionneuse des œuvres d’Alonso, évoquait sa technique en ces termes : « Je l’ai vu, des années durant, étudier les textes les plus anciens de la technique picturale pour retrouver des secrets perdus (…). Charbon ou herbes brûlées, la couleur y accédait à une profondeur qu’elle n’a jamais connue ailleurs. Ses noirs sont les plus noirs, les plus denses de toute la peinture, ses blancs plus serrés, plus éclatants que ceux d’une maison grecque sous le soleil, ses jaunes plus intenses que celui d’un champ de colza en juillet… ». Au lieu d’utiliser des pinceaux, l’artiste applique la matière sur leur support au moyen de bâtons de bois, en contrôlant l’épaisseur des couches et les limites de l’œuvre. Il laisse parfois sur l’œuvre même la spatule ou le bâton de bois qu’il utilise pour l’application de la matière, qui se fond dans la composition. On peut notamment le voir à l’œuvre dans un court film documentaire disponible sur YouTube et réalisé par Philippe Dufour. 

Angel Alonso meurt prématurément le 20 décembre 1994, à l’âge de 71 ans. Selon les mots de Giacometti, « il est mort usé, à bout de souffle, mais pas vieilli ».

Considéré par Cioran comme « le dernier peintre français », Ángel Alonso n’a pourtant pas connu la reconnaissance qu’il méritait. L’exil d’Ángel Alonso en 1947 et la distance qu’il prend avec le marché de l’art contribuèrent au fait qu’il n’a pas été exposé en Espagne jusqu’en 1996 et l’exposition rétrospective présentée à la Fondation Marcelino Botín à Santander, à l’Institut Cervantes à Paris et au Círculo de Bellas Artes de Madrid. Sa reconnaissance en Espagne s’est poursuivie avec l’acquisition en 2009 de plusieurs œuvres par le Museo Reina Sofía, ainsi que la donation d’un fonds documentaire à l’État espagnol en vue de la création d’une fondation à Santander.

En France, une grande exposition rétrospective lui a été consacrée en 2013-14 à l’ar[T]senal à Dreux.

CV

EXPOSITIONS

 

1955 Galerie Schoeller, Paris

1983 Cahiers d’art, Paris

1986 Galerie Barbier, Paris

1989 Galerie Barbier, Paris

1992 Galerie Sapone, Nice

1996 Institut Cervantes, Paris

1996 Fundación Botín, Santander

1997 Círculo de Bellas Artes, Madrid

1999 Galería René Metras, Barcelona

2000 Galería La Aurora, Murcia

2003 Galerie Guislain – États d’art, Paris

2005 Galerie Guislain – États d’art, Paris

2013 L’ar[T]senal, Dreux

2014 Michel Soskine Inc., Madrid

2017 Michel Soskine Inc., Madrid

2022 Michel Soskine Inc., Art Paris Art Fair, Grand Palais Éphémère

2024 Galerie Claude Bernard, Paris

 

 

COLLECTIONS

 

2009 Acquisition par l’État espagnol d’un ensemble d’œuvres

2009 Donation à l’État espagnol d’un fonds d’archives (écrits, correspondance, documents)

 

 

 

Expositions