Lee Jin Woo
Du 16 mai au 29 juin 2024, la Galerie Claude Bernard présentera une sélection d’oeuvres récentes de l’artiste coréen Lee Jin Woo. S’inscrivant dans la lignée du mouvement Dansaekhwa coréen, il explore dans son oeuvre la matière au service d’une esthétique méditative.
Né en 1959 à Séoul d’un père architecte, Lee Jin Woo a étudié les Beaux-Arts à l’Université Sejong (Corée), à l’Université Paris VIII et à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts (ENSBA). Son travail à base de matériaux organiques comme le papier Hanji (un papier coréen traditionnel réalisé à base de pâte de mûrier) et le charbon de bois, s’inscrit dans la lignée du mouvement Dansaekhwa né en Corée dans les années 1970, de manière informelle et non organisée.
Le terme Dansaekhwa signifie en coréen « peinture monochrome », et est utilisé a posteriori pour désigner le travail d’artistes coréens caractérisé par l’utilisation de teintes neutres et la réaction au colonialisme japonais et l’impérialisme de l’art abstrait occidental. Ces artistes explorent les limites physiques des matériaux — et notamment du papier — et puisent dans leurs racines spirituelles orientales, telles que le taoïsme, le confucianisme ou le bouddhisme. Lee Jin Woo appartient à la génération suivante, partageant des similitudes formelles avec ce mouvement dans ses recherches sur la matière, sans reprendre leurs revendications politiques.
Lee Jin Woo travaille par superposition de papier Hanji et de charbon et par grattage de la matière à l’aide de brosses métalliques, couche par couche, dans un processus répétitif, méditatif, épuisant physiquement, parfois presque jusqu’à l’évanouissement. « Face à ma peinture, je deviens un bras qui peint. Un corps sans tête » explique-t-il dans un entretien récent1 . L'artiste travaille un peu comme un "chaman" qui, par un travail physique intense, dépasse une certaine intention formelle pour canaliser toute son énergie dans sa peinture. Son travail est intuitif et ouvert — ses œuvres sont sans titre — pour Lee Jin Woo la discipline artistique n'est pas un but en soi, mais un canal de méditation où il développe son travail dans de longues périodes d'élaboration, devenant ainsi une philosophie de vie.
Lee Jin Woo s’attache davantage à susciter des émotions chez celui qui regarde, qu’à la représentation. Comme dans les peintures noires d'un Ad Reinhard, ou les dernières peintures sombres de la chapelle Rothko à Houston, ici l'oeil doit interagir pour donner de la "lumière" à l'œuvre. Un regard attentif, prolongé et profond, nécessaire pour approcher le spirituel.
Dans ce processus d'alchimie personnelle, Lee Jin Woo, conscient de l'origine du fusain, le récupère pour générer des paysages visuels et mentaux qui font écho à l'origine et à la fin de l'existence de l'homme. L'ambivalence entre une dimension contemplative et une autre plus tendue converge dans ses compositions.
Lee Jin Woo travaille aujourd’hui dans un atelier situé à Maisons-Alfort près de Paris, dans une ancienne menuiserie. Son travail figure dans de grandes collections à travers le monde, privées et publiques comme le Musée Cernuschi à Paris, et a été exposé en France, au Royaume-Uni, aux États-Unis, en Corée du Sud, en Chine et au Japon.
Il exposera cette année à la galerie White Cube à Londres et à Hong Kong, puis au Cafa Museum à Pékin et au Powerlong Museum à Shanghai.
